

Profession : scénariste, écrivain suisse et magicien à Las Vegas. Age : entre 26 et 45 ans Poids : idéal Taille : 3m50 Hobby : le ping pong, le dessin de temps en temps
Bientôt mort. Jamais vivant.





J'ai envie de changement en ce moment donc j'ai modifié la bannière. Je profite de ce petit prétexte à poster pour poster un petit texte, extrait d'une nouvelle qui somnolle dans un tiroir :) Je la dépoussière histoire de rigoler.
Pour vous pitchez un peu, la nouvelle raconte le délirant exil à la montagne d'un écrivaillon suisse de science-fiction, période année 20. Plus les pages avancent, plus notre cher homme sombre joyeusement dans un monde où les poulpes se servent d'étoiles filantes comme moyen de transport et où les planètes phosphoréscentes font du houla houp avec leurs anneaux.
...
"Les jours passèrent et j'oubliai rapidement l'histoire des langoustes, ne me consacrant qu'à l'écriture. Je prévoyais déjà un premier envoi de mes écrits chez le plus grand éditeur national et m'imaginait déjà en train de recevoir des prix prestigieux vu la qualité exponentielle des aventures de l'homme de l'espace. Fort de ce sentiment de perfection, je délirai dans ma chambre, des jours durant, volets fermés. Je courai nu partout. Je montai sur les meubles et chantai à tue tête l'air du caporal. Puis je reprenais la plume, gribouillai énergiquement deux phrases dans un carnet et repartais dans tous les sens avec l'irrépressible envie de crier au monde ma suprématie sur les Arts de la Lettre. Dormant peu, je ne me nourrissais également de mauvais café et de vieux biscuits qui traînaient dans une boîte à bonbon. L'écriture devenait sporadique, hallucinée et rapidement incompréhensible pour un cerveau raisonnable. J'avais délaissé au fil des pages l'histoire, les personnages et la dramaturgie pour mieux me consacrer au Grand tout.
Dans un éclair de lucidité, entre deux errements, je décidai qu'il fallait que je sorte prendre l'air, pour souffler un peu. Le matin du 19 avril, j'enfilai mes godillots et attaquai le sentier perclus de mimosas qui menait aux forêts sombres, là où mes aïeux pistaient des semaines durant les fameux ours roux. J'avais remplacé le fusil à deux coups de mon chasseur de grand-père pour une canne de pin bien adaptée aux efforts de la marche. Les chants des passereaux rythmaient en cadence mes pas et sans peine, sans même trouver le temps long, j'atteignis les cimes des mont bas et mont de l'Auselle. Le paysage qui se donnait à voir là était très sympathique: de petites montagnes fières, des sapins en nombres, le village en contrebas d'une coquêterie toute suisse. Les nuages, eux, parsemaient le ciel comme un troupeau de moulons dans un pâturage et filaient à un train de sénateur. Je pouvais enfin souffler et me félicitais d'avoir si bien commencé la journée. Or j'aurais du me douter que ces instants qui vous aveuglent d'un bonheur idiot ne durent qu'un temps et que l'horrible n'allait pas tarder à me faire un croc en jambe.
Je rejoignis d'un pas heureux et insouciant ce brin de civilisation qu’était le paisible village de Tipihelm. J'en profitai pour acheter la feuille de chou locale et m’installer à la terrasse de la seule brasserie de la bourgade; lieu où se donnaient rendez-vous tous les valeureux et gaillards bûcherons. Le Swissgraph der HelmStrasse rendait compte sans passion de la vie politique du Canton et des quelques résultats cyclistes. Je suivis avec plus d’intérêt les bavardages de deux montagnards qui se tenaient au bar. Je m’attardai non sans fascination sur leur élocution et leur façon de distiller des merveilles phonétiques, celles qui révèlent toute la nature rugueuse des hommes vrais. Je me sentis enfin de nouveau parmi les hommes.
Sous les coups de midi, je commandai au patron une petite saule au beurre avec un vin italien. Je remarquai du coin de l'oeil un homme bien habillé se tenant derrière moi. Je me retournai avec la discrétion d'un homme de mon éducation et remarquai qu'il ressemblait à mon ancien professeur de Latin, le sinistre Mr Lestaut-Dambert. Tout aussi blafard, cadavérique et effrayant que l'homme qui me découragea d'aller plus en avant dans l'étude des langues mortes, il avait quelque chose en plus de profondément inhumain, entre le hibou et le fennec. J'imaginai rapidement qu'il s'agissait en réalité d'un extra-martien déguisé en professeur de latin, envoyé tout spécialement pour me désintégrer. Même si cette hypothèse était farfelue, l'homme me surveillait, je l'aurais juré et j'étais comme Bob l'Ampère: sur mes gardes. Je m'obligeai presque sous son regard inquisiteur à finir mon assiette, oubliant la probable indigestion que j'encourai à manger aussi vite. Lorsque je quittai l'établissement, l'homme étrange ne broncha pas et continua à siroter son café crème.
C’est avec un estomac en délicatesse que je gagnai difficilement les hauteurs du village et lorsque j’atteignis le parvis du temple calviniste, une chaleur m’accabla. Si je ne m’étais pas assis sur un banc à l’ombre d’un mélèze, je crois bien que j’aurai littéralement explosé. Je m’épongeai le visage avec un mouchoir, renversai ma tête en arrière et fermai les yeux. Afin de calmer ces terribles maux de ventre, j'expérimentai une technique respiratoire découverte dans un livre de Biologie appliquée. Pour une inspiration, je soufflai trois fois. Au bout de cinq séries d’inspiration, je me pinçai le nez et restait le plus longtemps possible en apnée. Après cet essai, je jugeai cette technique bien ridicule et me jurai de l’abandonner à tout jamais. Surtout lorsque manquant de m’étrangler, je rouvris les yeux et trouvai en face de moi l'homme inquiétant de l'auberge qui ne masquait ni son incrédulité, ni sa gène. Je faillis m'étouffer de plus bel. L'homme sortit de sa poche non pas un revolver à particules mais une enveloppe qu’il me tendit et ajouta d'un ton militaire:
« Ernest Pesfingër, directeur de la National Poste Suisse. Voici un courrier qu'il m'a été chargé de vous remettre en main propre. Sur ce, je vous souhaite une agréable journée. ».
Quel suspens...
Vla le blog du sacré Jyssé :
Ca dépote à coup de vert fluo atari et de plutonium illustré à vapeur...