Batholomé Cromwell
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1901-1963
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Sir Arleston Qwist
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1875-1959
par frédéric Legros
publié dans :
Textes et Nouvelles
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Oui, que reste t-il de toutes ses années passées autour des lions ? De la poussière sur une bibliothèque trop
bien rangée, quelques masques africains, deux défenses et trois photos valables.
Bartholomé
retrouva au fond d’un coffre les souvenirs d’un temps définitivement révolu. Carnets de voyage lorsqu’il était correspondant de guerre pour la BBC. Des photographies de la seule femme qu’il ait
jamais aimé. D’autres particulièrement mal cadrées de lions aujourd’hui morts. Une autre surestimée d'un lionceau nourri au biberon. La couverture du magazine Look.
Bartholomé fit voler en l'air les photographies ratées qui retombèrent aux quatre coins de la pièce.
Avant de s'arrêter sur une série de clichés pas plus réussi que les autres. Avec un grand mâle mettant un coup de patte à un
jeune effronté. Des lions en noir et blanc en train de festoyer gentiment. Au menu, un gnou bien saignant.
Bartholomé les fit défiler et les lions s’animèrent comme dans un dessin animé.
Je lève la patte. Bien haut. Le lionceau affamé ne me regarde pas. Tant mieux. Il sera surpris. Puis ma patte
commence à se baisser vers sa caboche. Elle va vite. Plutôt vite. Plutôt pas très vite. Au dernier moment, le lionceau qui mâche mon morceau préféré s’aperçoit que ma paluche va le choquer. Choc.
Le lionceau est humilié. Recule avec des yeux de proie apeurée. Comprend que c’est pas la peine de riposter. Et s’en va la queue entre les jambes. Je
peux enfin manger. Surtout, ne jamais montrer de faiblesse. Etre féroce comme doit l’être le roi des animaux. Et faire Roaaar. Roaaaar.
RoooaaaaaaaaR.
...
par frédéric Legros
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Langdon Joe partit à bord de son biplan pour la capitale délaissant et comme de coûtume son ami dans la savane.
Taciturne Bartholomé. Oh comme je te comprends. Tu préfères cent fois la sauvagerie des animaux à
celle des hommes. Celle qui tue nos fils au large du Pacifique. Comme tu as bien raison de rester avec tes bêtes.
Langdon Joe estimait l’isolement de Cromwell. Or il ne se doutait pas qu’un ennui durable rongeait le cœur de son ami et que l’homme
ne souhaitait qu’une seule chose. Revoir les lumières de la ville.
Las de voir toujours les même lions se dorer le poil au soleil. Las de relire les récits d’aventure de Mark Twain, le soir. Las de se
perdre dans les étoiles, la nuit, calé dans son vieux rocking-chair (ou son vieux fauteuil mité), sur le porche de sa cabane. Au son des Roaaaar de lions noctambules.
Las de ne pas sentir la main d’un être aimé se poser sur la sienne de main, tout en se perdant dans les étoiles.
Oui, que reste t-il de toutes ses années passées autour des lions ? De la poussière sur une bibliothèque trop bien rangée,
quelques masques africains, deux défenses et trois photos valables.
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par frédéric Legros
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