Un jour d’été, le 10 août, Bartholomé rasa sa barbe qu’il avait ostensiblement porté durant vingt-cinq ans, en aventurier qu’il
était. L’air frais chatouilla ses joues comme un baiser dans le cou de miss Betty. En guise de petit déjeuné, il
se prépara un thé, celui que Langdon Joe avait bien voulu lui rapporter et mangea quelques vieux biscuits.
Il jeta un œil ensuite sur les actualités d’un journal vieux de six mois. Et s’étonna de l’incroyable résistance des Japonais dans ces lointaines îles. Puis il s’enfuma à l’aide d’une pipe qu’il
avait retrouvé au fond du coffre et du tabac de Mauritanie qui séchaient depuis des lustres sur le rebord de sa fenêtre. Il s’allongea sur un vieux fauteuil, vestige de son passé anglais, avec
vue sur l'immensément grande savane. Crapotant et toussant car l’aventurier qu’il était n’avait jamais fumé de sa vie.
Ne manquait qu’un peu de musique.
interlude
Le soleil haut perché. De sentiers en chemins de traverse. D’un arbre à un autre. D’un coin d’eau asséché jusqu’à une case abandonnée.
Bartholomé savait que c’était par là. Il croisa des yeux trois guerriers de la tribus des Hombas qui le saluèrent. Une couleuvre dévorant un énorme œuf d’autruche. Un oiseau qui s’envole vers les
montagnes à l’ouest. Et un zèbre qui trottait tout seul vers le nord.
Tous ces signes concordaient. Il y avait bien un lion dans les parages. Bartholomé prit son appareil qui tronaît sur le chevet et
pointa son objectif sur une touffe d'herbe qui bougeotait. Il imagina ce qui se tramait derrière.
Trop honteux d’être vu, ce lion se cachait pour dévorer une prise ridicule.
"Il sait que cette charogne ne suffira pas à rassasier son corp désossé. Il sait que c’est peut-être son dernier repas. Son ventre lui en réclame davantage mais il n’a plus
la force de chasser. Flapi de poursuivre ces antilopes élancées. Flapi de griffer dans le vide."
"Et ce matin, le lion mange sans plaisir et rumine son spleen de lion. C'est un solitaire, un vieux garçon, il est désormais trop agé pour espérer."
Se sentant observé, le lion sortit la tête de sa cachette et toisa avec crainte les environs. Bartholomé prit à ce moment-là une photo. La seule et unique photo de la journée
avant de s'assoupir profondément et de faire de très beaux rêves.
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