fredo Legros

Profession : scénariste, écrivain suisse et magicien à Las Vegas. Age : entre 26 et 45 ans Poids : idéal Taille :  3m50 Hobby : le ping pong, le dessin de temps en temps 

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la Pensée du jour

Bientôt mort. Jamais vivant.

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Samedi 17 mai 2008

RIP

Batholomé Cromwell

* * *

1901-1963


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Sir Arleston Qwist

* * *

1875-1959


par frédéric Legros publié dans : Textes et Nouvelles
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Samedi 10 mai 2008

Oui, que reste t-il de toutes ses années passées autour des lions ? De la poussière sur une bibliothèque trop bien rangée, quelques masques africains, deux défenses et trois photos valables.

 

Bartholomé retrouva au fond d’un coffre les souvenirs d’un temps définitivement révolu. Carnets de voyage lorsqu’il était correspondant de guerre pour la BBC. Des photographies de la seule femme qu’il ait jamais aimé. D’autres particulièrement mal cadrées de lions aujourd’hui morts. Une autre surestimée d'un lionceau nourri au biberon. La couverture du magazine Look.

Bartholomé fit voler en l'air les photographies ratées qui retombèrent aux quatre coins de la pièce.

Avant de s'arrêter sur une série de clichés pas plus réussi que les autres. Avec un grand mâle mettant un coup de patte à un jeune effronté. Des lions en noir et blanc en train de festoyer gentiment. Au menu, un gnou bien saignant.

 

Bartholomé  les fit défiler et les lions s’animèrent comme dans un dessin animé.

 

Je lève la patte. Bien haut. Le lionceau affamé ne me regarde pas. Tant mieux. Il sera surpris. Puis ma patte commence à se baisser vers sa caboche. Elle va vite. Plutôt vite. Plutôt pas très vite. Au dernier moment, le lionceau qui mâche mon morceau préféré s’aperçoit que ma paluche va le choquer. Choc. Le lionceau est humilié. Recule avec des yeux de proie apeurée. Comprend que c’est pas la peine de riposter. Et s’en va la queue entre les jambes. Je  peux enfin manger. Surtout, ne jamais montrer de faiblesse. Etre  féroce comme doit l’être le roi des animaux. Et faire Roaaar. Roaaaar.

RoooaaaaaaaaR.


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par frédéric Legros publié dans : Textes et Nouvelles
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Mercredi 7 mai 2008

Langdon Joe partit à bord de son biplan pour la capitale délaissant et comme de coûtume son ami dans la savane.
 
Taciturne Bartholomé. Oh comme je te comprends. Tu préfères cent fois la sauvagerie des animaux à celle des hommes. Celle qui tue nos fils au large du Pacifique. Comme tu as bien raison de rester avec tes bêtes. 

 

Langdon Joe estimait l’isolement de Cromwell. Or il ne se doutait pas qu’un ennui durable rongeait le cœur de son ami et que l’homme ne souhaitait qu’une seule chose. Revoir les lumières de la ville.

 

Las de voir toujours les même lions se dorer le poil au soleil. Las de relire les récits d’aventure de Mark Twain, le soir. Las de se perdre dans les étoiles, la nuit, calé dans son vieux rocking-chair (ou son vieux fauteuil mité), sur le porche de sa cabane. Au son des Roaaaar de lions noctambules.

 

Las de ne pas sentir la main d’un être aimé se poser sur la sienne de main, tout en se perdant dans les étoiles.

 

Oui, que reste t-il de toutes ses années passées autour des lions ? De la poussière sur une bibliothèque trop bien rangée, quelques masques africains, deux défenses et trois photos valables.

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par frédéric Legros publié dans : Textes et Nouvelles
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Samedi 3 mai 2008

Un jour d’été, le 10 août, Bartholomé rasa sa barbe qu’il avait ostensiblement porté durant vingt-cinq ans, en aventurier qu’il était. L’air frais chatouilla ses joues comme un baiser dans le cou de miss Betty. En guise de petit déjeuné, il se prépara un thé, celui que Langdon Joe avait bien voulu lui rapporter et mangea quelques vieux biscuits.
 
Il jeta un œil ensuite sur les actualités d’un journal vieux de six mois. Et s’étonna de l’incroyable résistance des Japonais dans ces lointaines îles. Puis il s’enfuma à l’aide d’une pipe qu’il avait retrouvé au fond du coffre et du tabac de Mauritanie qui séchaient depuis des lustres sur le rebord de sa fenêtre. Il s’allongea sur un vieux fauteuil, vestige de son passé anglais, avec vue sur l'immensément grande savane. Crapotant et toussant car l’aventurier qu’il était n’avait jamais fumé de sa vie.

Ne manquait qu’un peu de musique.

interlude

Le soleil haut perché. De sentiers en chemins de traverse. D’un arbre à un autre. D’un coin d’eau asséché jusqu’à une case abandonnée. Bartholomé savait que c’était par là. Il croisa des yeux trois guerriers de la tribus des Hombas qui le saluèrent. Une couleuvre dévorant un énorme œuf d’autruche. Un oiseau qui s’envole vers les montagnes à l’ouest. Et un zèbre qui trottait tout seul vers le nord. 
 

Tous ces signes concordaient. Il y avait bien un lion dans les parages. Bartholomé prit son appareil qui tronaît sur le chevet et pointa son objectif sur une touffe d'herbe qui bougeotait. Il imagina ce qui se tramait derrière.

Trop honteux d’être vu, ce lion se cachait pour dévorer une prise ridicule. 

"Il sait que cette charogne ne suffira pas à rassasier son corp désossé. Il sait que c’est peut-être son dernier repas. Son ventre  lui en réclame davantage mais il n’a plus la force de chasser. Flapi de poursuivre ces antilopes élancées. Flapi de griffer dans le vide." 

"Et ce matin, le lion mange sans plaisir et rumine son spleen de lion. C'est un solitaire, un vieux garçon, il est désormais trop agé pour espérer."

Se sentant observé, le lion sortit la tête de sa cachette et toisa avec crainte les environs. Bartholomé prit à ce moment-là une photo. La seule et unique photo de la journée avant de s'assoupir profondément et de faire de très beaux rêves. 

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par frédéric Legros publié dans : Textes et Nouvelles
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Dimanche 20 janvier 2008

61

 

 

Le premier jeudi du mois, une fois mes consultations terminées, j'éteignis la lumière, fermai la porte à clé et m'asseyais près de la fenêtre. J'observai un temps la rue, me déridai de voir le chien pouilleux traîner, les rares passants se dépêcher pour le potage et quelques voitures de maître rouler nonchalamment vers un quelque part. Ma secrétaire, Mlle Malher, comme à son habitude, me sortis de ma torpeur à travers la porte avec un "au revoir" et un "à demain" tonitruant. Sa voix sévère trahissait le réel fond de sa pensée et le lendemain matin, j'étais certain de retrouver son regard accusateur qui dirait en bon procureur : "Je sais pourquoi vous restez là, monsieur. Tous les premiers jeudi du mois, toute lumière éteinte, à attendre. Encore un de vos rendez-vous défiant la décence, la bible et les bonnes mœurs. Je sais qu'un autre homme vous rejoint et que vous faites des choses dans l'obscurité. Je sais tout !". J’allai bien sûr retrouver mon ami, ce cher Lewis Beckerell. Mais lui et moi ne faisions rien de contre nature. C'est à peine si nous envisagions de faire l'accolade pour nous saluer, alors faire des "choses" dans l'obscurité, c'était tout bonnement impensable.
Je piaffai d’impatience. « Qu’allait-il me raconter ce soir ? » Cependant, ce soir là l’imprévu surgit sans crier gare dans la nuit. Les aiguilles de l'horloge défilèrent, le même chien traîna sa patte jusqu'à une poubelle pour dénicher un gras de jambon, quelques voitures filaient vers les soirées mondaines et les passants passaient. Vers dix heures et demi, je ne vis plus âme qui vive. Point de silhouette au détour d'une rue sombre, point de Lewis Beckerell, point d'ami, point d'anecdotes savoureuses. Je désespérai tout seul dans les ténèbres, à m'échiner comme un diable sur ma pipe, m'étouffant de temps en temps. Trois heures durant, je pris mon mal en patience, murmurant des mots très durs en son encontre. « Pourquoi ne m'a t-il pas averti ? Ne sait-il pas que tout cela est imprévu et qu'étant de nature très inquiète, cela me chiffonne, m'angoisse et me torture. Il devrait le savoir depuis le temps. » Quand le carillon sonna minuit, j'estimais avoir assez attendu et sortis de mon cabinet, rouge de colère. « Il peut bien me présenter trois milles excuses, je ne lui pardonnerai jamais ce lapin ! ».

(...) La suite la semaine prochaine :)

par frédéric Legros publié dans : Textes et Nouvelles
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